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Pourquoi j’ai fermé Voile-RC

Cela fait maintenant un peu plus d’un mois que j’ai définitivement fermé Voile-RC et il est temps pour moi de revenir sur les raisons qui m’ont poussé à mettre fin à cette formidable aventure. Je sais que certains d’entre vous n’ont pas toujours compris les motivations de cette fermeture et je vais donc essayer d’être le plus exhaustif et précis possible…

Un peu d’histoire

Voile-RC est né en 2007 de mon « désespoir » face à l’absence de « média de partage » (désolé je ne trouve pas d’autre nom) concernant la pratique du modélisme voile. J’avais bien, à l’époque, identifié un certain nombre de forums ou de sites plus ou moins fonctionnels, mais aucun qui ne présentait les caractéristiques les plus importantes pour moi :

  • indépendance de ton et de contenu relativement aux annonceurs classiques et institutionnels ;
  • capacité à accepter la multitude des pratiques que recouvre la discipline ;
  • aptitude à ne pas tomber systématiquement dans l’élitisme ou la vulgarisation ;
  • proposant des outils de partage un peu évolués.

Bref, je n’avais pas trouvé une communauté dont le partage de la connaissance était le moteur et dont l’outillage était à la hauteur de ce qui se faisait sur le web à l’époque…

Dans ma tête germait donc l’idée d’un site « communautaire » ouvert, diffusant un contenu généré par ses membres sous une licence permettant le partage et la réutilisation (Creative Commons) et prônant des valeurs de tolérance — diversité de pratique, de compréhension et d’expression — et de bienveillance. Le site qui outillait cette communauté devait aussi être un moyen de « tirer par le haut » l’utilisation des technologies de l’information en apportant de nouvelles fonctionnalités et de nouveaux usages auxquels n’étaient pas habitués — et c’est un euphémisme — les pratiquants de cette branche tout à fait spécifique du modélisme.

Ainsi est né Voile-RC.

Dans sa première version, qui fut lancée au tout début du mois de mars 2007, Voile-RC se présentait sous la forme d’un forum, agrémenté de fonctionnalités sociales, doté d’outils de partage et de référencement de fichiers et de médias et d’une capacité de publication destinée à un contenu éditorial produit par les utilisateurs. Le succès fut au rendez-vous et la communauté grossit rapidement.
Très rapidement aussi vint le besoin d’un format alternatif d’expression pour certains des membres de Voile-RC. C’est ainsi que dès le début de l’année 2008 fut lancée une plateforme de blogging — subtilement nommée Voile-RC : les blogs ! — qui permettait à celui qui le souhaitait de se lancer dans l’aventure de créer et faire vivre un blog. Là aussi, le succès fut au rendez-vous, et cela me conforta, si besoin en était, qu’apporter de nouveaux outils d’information et de publication pouvait engendrer de nouveaux usages… Et des vocations !

Fin 2010, alors que la communauté grossissait encore et que la première version du site n’était plus assez souple pour permettre les évolutions qui s’imposaient, l’opportunité de profiter de la plateforme sociale de Ning (qui, à l’époque, faisait un travail de qualité) se présenta. Voile-RC réalisa, à ce moment-là, sa « mue sociale ». En fait Voile-RC et Voile-RC : les blogs ! étaient devenus un seul et unique réseau social disposant d’un outillage et de fonctionnalités dignes de ce nom !
Dans la foulée, suivit le lancement d’un site, adossé à Voile-RC, offrant la géolocalisation des plans d’eau permettant la pratique de la voile radio-commandée.

Et Voile-RC grossit encore.

Jusqu’à ce qu’un beau jour de l’automne 2012, Ning décide de modifier la tarification de son offre SaaS. Une vraie catastrophe. Le modèle économique de Voile-RC qui reposait principalement sur des revenus publicitaires n’avait aucune chance de tenir le coup face à une augmentation des couts qui dépassait les 1300 % (vous avez bien lu) pour certaines fonctionnalités. Il n’y avait pas d’alternative, il fallait imaginer autre chose !

C’est début 2013 que je pris la décision de m’investir encore plus dans l’aventure Voile-RC. Pour conserver mon indépendance face aux grands généralistes et à la presse et dans l’objectif de fournir des services que je voulais encore plus innovants (toujours cette volonté de « tirer vers le haut » les usages), je décidais de monter une structure juridique et technique, nommée Medialisme, pour supporter la métamorphose radicale de Voile-RC.
Cette métamorphose reposait sur les 3 décisions structurantes suivantes :

  1. Ne plus confier aucune donnée concernant les membres de Voile-RC à des services tiers et mettre le respect de la vie privée des utilisateurs au cœur de l’architecture.
  2. Ne plus dépendre d’aucun fournisseur ou éditeur capable de signer la mort des services Medialisme d’une simple modification de grille tarifaire.
  3. Ne plus dépendre financièrement des revenus publicitaires — mais ne pas négliger l’idée d’en faire un appoint.

Ces choix, vous l’avez compris m’obligeaient à utiliser des logiciels open source ou développés moi-même sur une infrastructure réseau et système totalement maitrisé et autogéré. Ils imposaient aussi de revoir mon « business model » : je fis le choix de comptes gratuits avec publicité, et de comptes payants sans publicité incorporants des services ou fonctionnalités complémentaires.

Cela fut loin d’être une promenade de santé. Mais après plus de six mois de travail acharné, Voile-RC 3.0 était là. Avec ses fonctionnalités sociales sur ses propres infrastructures, une régie publicitaire et une plateforme d’analytics autohébergées, ses services de streaming vidéo, de monitoring, de racourcisseur d’url (modl.io), d’hébergement de médias (modl.pics) ou de systèmes spécifiques (tels que mo.delsco.re)… Tout ça sur des infrastructures parfaitement maitrisées, seules gages du respect de la vie privée des membres Voile-RC.

18 mois plus tard, je prenais la décision de tout fermer…

De la difficulté d’adapter son modèle économique

Voile-RC puis, par la suite, Medialisme, ont toujours eu un cout. Ce cout peut être décomposé globalement en 4 postes principaux :

  • les infrastructures matérielles et réseaux ;
  • les licences logicielles ;
  • les abonnements à des services tiers ;
  • les « frais publicitaires ».

Au fils des ans et des versions successives de Voile-RC, l’équilibre entre ces couts a subi des variations importantes, néanmoins ces quatre postes ont toujours été présents et j’ai toujours cherché à atteindre l’équilibre (pour mémoire, cette activité n’a jamais été mon activité principale) en compensant ces couts par des revenus.
Initialement, la rentrée principale d’argent était constituée des revenus publicitaires (toutes les autres sources étant négligeables) : Voile-RC diffusait des annonces automatiques dans certains encarts du site prévus à cet effet (pas de pop-up ou pop-under, pas de publicité masquante, que de l’IAB universal). Lors des premiers temps, le taux d’affichage de ces encarts étaient de l’ordre de 100 %, ce qui veut dire que tout le monde voyait ces publicités (membres du site et simples visiteurs) et le taux de clics était cohérent avec les moyennes constatées (notamment via Google Adsense)… Puis sont apparus les bloqueurs de publicité et de quasi 100 % en 2008, le taux d’affichage est tombé à moins de 60 % en 2015. L’aspect le plus intéressant est qu’en fait ce taux chutait à même pas 45 % pour les inscrits ayant un compte gratuit. Ce qui veut dire que ceux qui profitaient le plus d’une plateforme de partage gratuite étaient aussi les premiers à lui faire prendre le risque de ne jamais atteindre l’équilibre.
La pente de la courbe n’ayant pas été une surprise (et la suite étant assez prévisible), j’ai tenté de diversifier ces revenus, notamment par la vente directe d’emplacements publicitaires. Le taux d’affichage sur ces emplacements étaient bien plus élevés du fait, notamment, des technologies employées pour l’affichage. Mais ce modèle était biaisé dès le départ : quel annonceur souhaiterait diffuser sa marque sur un site qui prône l’indépendance et ne censure pas ses membres quand ils disent du mal de certains produits ? Bien évidemment, ce système de vente directe d’emplacement a connu un essor très faible et j’ai profité du passage à la troisième version de Voile-RC — et de la naissance de Medialisme — pour réinventer son modèle économique : proposer des fonctionnalités complémentaires payantes. Trop tard ? Pas assez lisible ? Déconnecté des capacités financières des membres ? Je ne sais pas. Sans doute un peu de tout cela. Toujours est-il que, là non plus, le succès ne fut pas au rendez-vous.

Et il s’agit là d’un des facteurs principaux qui m’a incité à cesser l’activité de Medialisme : mon incapacité à contrer la chute des revenus publicitaires par un modèle économique adapté. Mon manque d’imagination pour faire de Medialisme une plateforme financièrement à l’équilibre sans renier les valeurs qui l’animait depuis le début, notamment celle de libre accès au savoir.

Du respect de la vie privée, contre vents et marrées

Pour ceux qui me connaissent un peu, vous le savez sans doute : je suis foncièrement et viscéralement attaché au respect de la vie privée et à la liberté d’expression. C’est d’ailleurs une des raisons qui m’avaient poussé à construire pour Medialisme une plateforme technique totalement maitrisée et autogérée.

Ce que j’avais commencé à entrevoir dès le début de l’aventure Medialisme (ce risque d’une intervention de l’état plus ou moins visible et légale dans les données hébergées sur le territoire français) est devenu une évidence au lendemain des tragiques évènements du 7, 8 et 9 janvier 2015. J’avais beau avoir décidé d’héberger les données de Medialisme chez un hébergeur respectueux de la vie privée de ses clients, je savais que rien ne pourrait être fait pour arrêter le rouleau compresseur de la bêtise crasse et de la trouille de nos élus. Je sais d’ailleurs que les jours prochains me donneront malheureusement raison avec le vote définitif et prévisible d’une loi inique, liberticide et vraisemblablement totalement inefficace.

Dès le début du mois de février, je me suis mis à chercher vers où « déplacer » les données de Medialisme. Trouver un pays qui offrait de vraies garanties en terme de respect de la vie privée fut à la fois simple et complexe. Il n’y en avait qu’un : l’Islande. Ah l’Islande, son obsession pour les libertés civiles, son salutaire International Modern Media Institute et… ses tarifs prohibitifs ! Encore un coup porté à la chance de faire de Medialisme une structure financièrement pérenne : les hébergeurs islandais sont en effet bien plus chers qu’en France — est-ce le cout du respect de notre vie privée et de notre liberté de conscience et d’expression ? Toujours est-il que c’en était trop ! Les frères Kouachi venaient d’apporter la dernière goutte à un vase qui était déjà bien plein…


Je vous avoue que j’ai mis quelque temps à encaisser le choc. Voire, à simplement énoncer la phrase : « il faut que je ferme Voile-RC ». C’est pourtant ce que j’ai réussi à faire en ce beau mois de mai 2015. J’étais fourbu, déçu, mais aussi soulagé d’un poids qui devenait trop lourd à porter pour moi seul.

Bien sûr, le tableau que je dresse ici est assez négatif. Mais je voulais que vous sachiez les raisons et les mécanismes de cette décision. Le fait d’avoir ressenti « l’obligation » de mettre fin à cette fantastique aventure n’enlève rien de tout ce qu’elle m’a apporté. Elle n’enlève rien aux rencontres incroyables que j’ai pu faire, aux moments d’échanges et de partages que j’ai vécu, aux joies simples de permettre à d’autres de partager leur connaissance et de mesurer comment la richesse nait de la diversité.

Et pour tout cela, je ne vous remercierais jamais assez…

 

Photos d’entête CC:BY-NC-SA 4 / Voile-RC

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Projets Vie Numérique

Ma nouvelle vie numérique

Ça a été un déchirement total. Et une vraie délivrance aussi.

Lorsque j’ai mis fin, le 13 mai, au résultat de 8 années de travail intense j’étais dévasté de tourner définitivement cette page de ma vie.
Mais j’étais heureux aussi. Heureux d’avoir eu l’honnêteté et le courage de stopper l’acharnement thérapeutique et de pouvoir – enfin – passer à autre chose.

Les quelques jours qui ont suivi, j’ai fébrilement démonté tout ce qui devait l’être, détruit des serveurs, purgé des disques, résilié des contrats, mis fin à des abonnements, cloturé des comptes, fermé des adresses email, transféré des pages Facebook et des comptes Twitter. J’ai aussi reçu plusieurs centaines de mails de soutien, de tristesse, de reproches, de haine ou d’étonnement et, bizarrement, cela m’a fait un bien fou. C’est difficile de décider de changer de direction. Mais une fois que cette décision est prise et que le point final a été écrit, un nouveau monde des possibles s’ouvre. Une nouvelle vie commence. Et la mienne, de nouvelle vie, a commencé quand j’ai détruit le dernier serveur de la plateforme Medialisme.

Le titre de ce billet peut être trompeur. Je suis de ceux dont la vie numérique est intimement mêlée à la vie tout court. Cette nouvelle vie numérique que j’entame est à la fois la conséquence et la cause d’un vrai changement de rythme de vie : ne plus passer de temps sur la plateforme Medialisme c’est aussi me donner plus de temps pour profiter de ma famille et de mes proches. Pour approfondir certaines idées et envies. Pour développer des projets personnels… Bref pour tout ce que j’avais partiellement mis entre parenthèses au cours de ces dernières années !

Cette nouvelle vie numérique je la partagerais avec ceux qui le souhaitent par l’intermédiaire d’un Journal de Bord — le site sur lequel vous lisez ces quelques lignes.

Petit détail qui a une vraie importance, ce Journal de Bord n’est pas physiquement hébergé en France. C’est le premier pas dans la réappropriation de ma vie numérique, le premier signe tangible que beaucoup de choses ont changé pour moi, ce 13 mai 2015.

Bienvenue à vous !